Miroir

Dans le froid de l’hiver, quand l’épais manteau vient

Recouvrir les toitures des villages endormis,

Errent dans les rues, sans un mot, sans un bruit,

Les rêveurs d’hier qui tracèrent le chemin.


Une fleur à la main, ils semaient la magie

De cet instant, gamin, où je tombais merveille ;

Cet instant infini où le temps, sans pareil,

S’effaçait sans un bruit pour embrasser la vie.


Et de ce paysage, comme une feuille blanche

Où tout est à écrire, où tout est à rêver,

Danse Colombine tel un flocon léger

Dans le silence immense de ce monde qui flanche…


La mémoire des fantômes est une chose terrible

Qui vient dévorer l’âme pour qui n’est pas solide.

Ce sont des bateaux ivres qui vous font chavirer

Dans la mélancolie des tréfonds du passé.


Le froid s’y loge alors et s’accroche à vos doigts

Et la beauté des âmes laisse place à l’effroi.

Dans le miroir, oui, les horreurs du temps

Sont toujours des couteaux qui font couler le sang.


Me revient à la mémoire ton visage, gamin,

Mon compagnon de route, toi mon frère de destin.

J’aperçois encore les fleurs, leur délicat parfum,

De ce rêveur d’hier qui marcha le chemin.